Le témoignage de P. Mainsaint (M66)

Mai 68, cinquante ans déjà

Histoire de la Gaillarde

Récit de Denis Josselin (M66)

Point de vue de Pierre Baillon (M66)

Témoignage de P. Mainsaint (M66)

Témoignage de Colette Crouzet (M55)

Mon mai 68 à l’ENSAM

J’étais interne à l’ENSAM comme presque tous les élèves. J’avais intégré Montpellier en carré de St Louis de Paris, j’avais préféré intégrer l’école la plus lointaine de ma famille champenoise pour me libérer du bachotage de la prépa. Je venais d’une ferme de polyculture- élevage laitier, et j’avais déjà à mon actif un sacré nombre d’heures de tracteurs, de chevaux de trait, de moiss-batt, de traite de vaches à la machine, de foin, de calcul de rendement, etc. Je ne souffrais d’aucune ignorance sur ce métier, contrairement à la majorité de ma promo. J’avais déjà la satisfaction d’apprendre la science de ce métier de paysan en pleine évolution de mécanisation et de progrès de productivité. J’avais déjà choisi de faire zootechnie et j’avais obtenu une bourse pour la 3ème année, comme Cazalot et quelques autres, sous condition de faire 5 ans à l’ITP (Institut Technique du Porc). J’espérais déjà aller faire zootechnie à l’Agro-Paris pour ma 3ème année.

De la 1ère année à l’ENSAM, je ne garde pas de souvenir marquant, sauf le ski du MUC Club dans les Pyrénées (les Angles, l’Andorre) et au Mont Ventoux. Quand en 2ème année, mai 68 pointe son nez à l’école, je me souviens des nuits de radio pour suivre les barricades du quartier latin (et leurs gaz lacrymo), quartier que j’avais fréquenté 2 ans avant en interne à St Louis. Et quand Baillon organisa la grève de la promo en demandant à chacun, avant d’entrer dans l’amphi, s’il allait quitter l’amphi du prof d’agriculture (je ne retrouve plus son nom, pourtant célèbre), la réussite totale. Tout l’amphi qui se lève, sauf un résistant (Maugenest ?), auquel le prof a fait son cours héroïquement. Prof très vieille France, et il avait une fille charmante.

Puis les AG quasi quotidiennes, et les comptes rendus d’AG, que j’ai suivis scrupuleusement lorsqu’il a été question de boycotter les exam de fin d’année. Ok pour discuter des programmes et de la pédagogie, mais j’étais dans le camp des pragmatiques, demandeurs de contrôle de fin d’année. Améliorer l’enseignement, oui bien sûr, mais voler le diplôme ? pas cool. Et 50 ans plus tard, je ne regrette pas ce choix, qui était d’ailleurs majoritaire dans la promo.

Bien sûr on allait à Carnon où les agros avaient un voilier (un 420 ?) grâce aux recettes du bal et de la foire. A un 3ème année originaire de la Réunion, j’avais acheté une 4 CV, 500 F, en commun avec Salgues (je viens d’apprendre sa disparition par les infos de Josselin). Je me souviens des manifs de Montpellier, des meetings des syndicats CGT et CFDT. Ce fut une période fondatrice, pleine d’émotion et de créativité. Probablement ce que vivent les gilets-jaunes aujourd’hui, pour leur partie non violente. Il n’en est resté qu’un état d’esprit, lequel pèse encore lourdement sur notre vivre ensemble d’aujourd’hui, et que je qualifie de « politiquement correct ».

Grâce à cette agitation soixante-huitarde, j’ai effectivement pu m’inscrire en zootechnie de l’agro de Paris pour la 3ème année, par la bienveillance de Dauzier, prof de zootechnie de l’ENSAM, qui m’a quand même recommandé à Delage-Coleou de l’AGRO. Dauzier, un prof pas gêné par l’agitation 68, qui participait à la discussion, assis en yoga sur la table de l’amphi. Je me souviens aussi de Guigou de ce point de vue, il venait aux AG, et du haut de l’amphi, il chauffait la salle. On l’applaudissait comme des moutons.

Puis j’ai quitté Montpellier et ma promo, comme beaucoup d’autres. Quelques années plus tard, je quitterai L’ITP pour l’INRA de Le Bihan, dans laquelle je deviendrai un spécialiste des filières viandes jusqu’à ma retraite. Laquelle m’a donné l’occas de faire avec un pote un bouquin testament, « la viande voit rouge », les végans me chauffent les oreilles un tantinet.

Pascal Mainsant (M66)
20 décembre 2018